Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 10:04
Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 09:29





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Traduit de l'américain par Samuel Rochery.
Poème paru dans 751 Magazine issue 5. 




 

Lundi 26 mars 2012 1 26 /03 /Mars /2012 11:50





Au restaurant je demandai à l'architecte de me raconter ses rendez-vous avec cette jolie blonde qu'il appelait Body. Et son visage ? Que je voulais lui dire. Son visage amélioré par la chirurgie était aussi beau que son corps entraîné par un coach personnel. Je lui avais demandé une fois, à la fille,  pourquoi elle avait raconté à un ami que cet homme que je voyais là en face de moi la traquait. "Est-ce qu'il t'a suivie ? Envoyé des mails ? Appelé ?". Réfléchissant un moment, elle avait répondu "je crois que ça vient seulement de moi". Pourquoi l'architecte ne pouvait-il pas être aussi honnête ? Au lieu de répondre à ma question, il agita ses bras de dégoût, fit de mauvaises blagues juives, et parla de Body comme d'une Rétrécisseuse d'Ego, ce qui n'était pas pareil, disait-il, que Castratrice. Il refusait de me dire ce qui s'était passé entre eux sauf si je désirais payer 42 dollars pour son dîner, taxes et pourboire compris, et le dessert qu'il décida brusquement d'ajouter à la note. Plus tard, quand elle est entrée et l'a salué, vêtue d'un T-shirt dans lequel elle nageait, au lieu d'un petit haut moulant, ses cheveux tirés en arrière par une queue de cheval au lieu de tomber sur ses épaules, elle ne ressemblait à rien d'elle-même, mais ça n'a pas empêché l'architecte de la complimenter au sujet de son cou de "cygne", afin de l'adoucir peut-être, puisqu'il était, en dépit de l'échec de leur récente romance, en train de lui dessiner une nouvelle maison.  





Octopus Magazine no14.
Traduction : Samuel Rochery.



 

Jeudi 1 mars 2012 4 01 /03 /Mars /2012 11:53


(Une anecdote éditoriale)

 

Il y a des occasions de se montrer éditorialement vif et opportun. Surprenant. Un peu vivant. Alors que les éditions Inculte viennent de faire paraître l'excellent thriller Paternostra, du chanteur Eugene Robinson (dont un texte sur Dean Martin figure ici), le CipM (Centre International de Poésie Marseille) avait l'occasion de se distinguer (toute proportion gardée) par l'édition d'une pièce inédite du même auteur, parue en décembre 2011. Occasion gâchée. Je voudrais pouvoir ne pas me sentir concerné une seconde par ce gâchis. Sauf que je suis traducteur de la pièce, et que j'ai, peut-être, le sens du respect des textes. Mais le livre a effectivement paru, non ? Oui, en décembre 2011. Alors c'est quoi le problème ? Ben voilà. C'est un livre suffisamment saboté pour que l'auteur lui-même ait eu, un instant, le désir de le renier. Un instant. Parce que la pièce vaudra toujours mieux qu'un éditeur malveillant, quand même. De quel sabotage s'agit-il ? Un simple titre, mais ça suffit : Les sons inimitables de l'amour : un plan à trois en quatre actes, changé, on ne sait pas trop comment ni pourquoi, sans préavis, sans discussion, au dernier moment, en Les sons inimitables de l'amour. "Mais, vous avez été payé pour la traduction, de quoi vous vous plaignez ? L'auteur a été accueilli en résidence, il a aussi été payé, s'il n'est pas content de son livre, je m'en contrefiche, on jette tout à la poubelle. " Je transpose quasi au mot près la parole téléphonique embourbée de l'éditeur, Emmanuel Ponsart, dont je me demande encore ce qu'il voulait prouver par ce ton passablement grossier et indigne d'un homme d'un certain âge, sinon qu'il ne daigne décidément pas passer pour un éditeur compétent. Car enfin : il est assez facile de respecter les volontés d'un auteur, comme il est aisé de refaire une jaquette de livre. J'ai simplement l'impression répugnante d'avoir fait partie, de gré puis finalement de force, d'une équipe de bras cassés - l'équipe accessoirement éditrice du CipM. Comment transforme-t-on d'excellents éléments en un groupe sinistre ? Comment casse-t-on des bras ? L'adversaire ne casse rien, aussi fort et efficace soit-il. Mais l'entraîneur lui-même, ainsi qu'au football : tu joueras ailier gauche, même si t'es meilleur ailier droit. Pourquoi ? Parce que c'est moi le chef. Tu fricotes avec ma femme, je te gicle de l'équipe, aussi génial que tu sois (Raymond Domenech à Robert Pirès, bien sûr). Et si tu traites directement avec l'imprimeur au sujet des corrections en oubliant de me forwarder l'échange, toi, petit traducteur de merde, je repousse la date de parution. Mieux encore : je sabote le titre au dernier moment. Et j'ajoute une ou deux coquilles au texte. C'est moi le chef. En langage vulgaire, on appelle ça le syndrome du cocu. Ce qui s'appelle aussi être très fort en communication. Et voir les adversaires là où ils ne sont pas. Beaucoup plus facile, martialement parlant, que de voir les ennemis là où ils pourraient être réels et vraiment enthousiasmants : un éditeur "concurrent", par exemple. C'est un peu ça, le sens éditorial du directeur de l'obscur CipM, Emmanuel Ponsart, qui fait paraître un livre sans avoir pu une seule fois prétendre, au fond, être à la hauteur de ce qu'il veut faire : on n'achète pas des auteurs et des traducteurs pour le seul plaisir de les mépriser. A moins d'avoir très peu d'estime pour soi-même. 


(Passons) 


Le fort, c'est que le livre, cette pièce de théâtre, existe. Avec ou sans sabotage. Une petite réussite, autant que sont jubilatoires les dialogues de Tarantino - d'une espèce revigorante particulière : nerveux, délicieusement malsains, drôles. C'est aussi le livre le plus surprenant et le plus dense qu'ait écrit Eugene Robinson jusqu'à ce jour, à mon sens. Il est encore inédit dans sa langue originale, et il existe tellement bien en français qu'il a pu donner à son obscur pseudo-éditeur l'envie irrépressible de faire du théâtre. C'est dire.            

 

La couverture initiale, pré-coup-de-théâtre : 

 

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On peut commander le livre ici, et on jettera la fausse jaquette à la poubelle :

http://www.cipmarseille.com/publication_fiche.php?id=fc3d45fd8250787ed27e7bf4ffc820fe 

 



Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 10:38



De l'esprit



Bien après que la musique s'est arrêtée
et que tout le monde est rentré à la maison
on peut parler d'un esprit, Jack
- comment, à les fouiller du regard,
certains souvenirs dérivent incontrôlés à travers la pièce
vaste et vide. Des larmes en Italie, affamé, au-dessus d'un bol
chaud de soupe. Ignoré à Paris. Le match des Browns
contre les Steelers capté à la radio, bien après
en Grèce, où les vieux se souvenaient de ce qui est à toi
comme d'une chose qui leur appartient une fois.
Souvenirs notés qui vagabondent au-dessus de ton bureau, en attente
de leur phrase et de leur place propres.

J'imagine ceci, les yeux fermés, l'odeur
des œufs bouillis et de la tartine grillée et de la bière de la nuit dernière,
je lambine dans la cuisine, quand, tout à coup,
elle, qui n'a jamais été soudaine nulle part
ni à aucun moment, apparaît, sortie de son rôle, en disant (comme si elle
pouvait le reprendre),
"j'ai juste chié des litres de sang,
et je ne sais absolument pas pourquoi"

 


Prise pour la lune qui se lève (Veille de la Saint-Valentin)

 

"ça déferle et nous tombe carrément dessus ce soir
avec le ciel si clair,
et ça nous traverse

comme si nous étions des ruines, comme si nous étions des fantômes"

- August Kleinzahler

Mais, un soir de mi-hiver, ça ne se levait pas
tandis que nous tracions notre route sur le pont.

Pas la lune, non, mais le sommet lumineux d'un immeuble
qui apparaissait au premier coup d'oeil à travers la fenêtre
juste au nord du Pont RFK,
presqu'aussi rond, et soutenu de manière trop-
invraisemblable, bas dans le ciel.

La surprise, suffisamment seul,
à griffonner des notes sur une pochette d'allumettes
tout en cherchant du regard, ou tout en essayant
de chercher du regard, depuis le coeur d'une nouvelle clarté,
jusqu'à ce que tu dises : "comme ça", désignant quelque chose dans notre dos, "là-bas ?"

Elle escaladait l'autre côté des gratte-ciel,
si jaune, pas encore rincée,
exactement comme l'Ouest se dissout derrière Jersey.
 

"Regarde".

 

 

 

Extrait de One Brittle Nerve, chez l'auteur, 2010. 
Un autre extrait du même recueil est lisible sur le blog Poésie : face B. 
Traduction : Samuel Rochery.
Pete Simonelli est le chanteur du groupe Enablers.

 


 

EDITO


Les cahiers de Benjy sont un journal à l'allure abstraite, détourné en anthologie progressive, où tous les mois du calendrier peuvent dire qu'il y a une vie contemporaine des formes. Benjy l'idiot, au sens chronologique bizarre, enregistre l'écriture des petits drames insulaires grammatiques, proses inqualifiables, poésies spéciales, qui font la marge des rendez-vous en ligne.  


Benjamin Compson

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