LA SALLE A MANGER
D’après des tableaux de Balthus
Une fille claire est un secret. Une fille très claire est Susan.
C’est Elle. Nous sommes une géante. Imp.
Nous avons quatorze ans et nous changeons. Nous sommes presque.
Parfois nous sommes trois. Parfois nous sommes elle-qu’on-
doit-écouter. Qui ? Parfois nous sommes
elle-qui-ne-répondra-pas-à-elle.
Et ? Et sommes-nous en devenir ?
Nous devenons. Et qui ? Nous sommes quelque chose
et nous changeons
en plus bagatelle que traînée quoi ? Une amourette
de peluche marron ? un bol de fruits en cire ?
Une jupe ? Une poupée ? Et est-ce que plus tard ?
Est-ce que nous grandissons ? Tu es dégoûtée.
Nous avons des appareils dentaires. Des membres.
Pendant des années ils vécurent dans des contrées lointaines,
à manger les rues, et maintenant
Ils sont revenus. Bonjour, mari. Bonjour, femme.
Au revoir, dent de lait. Adios, rictus.
Oh, mais l’une de nous deux a choisi la tapisserie.
Elle est elle. Elle n’est l’Elle de personne, ma sœur.
DE LA CHASSERESSE à la génisse, Fracture d’Os,
J’ai changé. Je suis devenue
Ce que tu rejettes : de la viande
domestiquée, une tétine. Echouée je suis
dans son hélix, son gène une porte
par où je me suis faufilée, son flanc
une fenêtre sur une autre –
j’ai fait d’elle un chez-moi.
& qu’est-ce que tu vas faire ? – m'éliminer,
taon ?
En quoi vais-je me changer après ?
Cette nourriture blanche –
change – que je t’offre,
fruit de mon pis & trèfle.
PETIT CANOE
Où est la clé pour ce trou ?
J’ai cherché les coins perdus.
Mon palefroi est parti en promenade
Avant les pagodes de l’hiver.
Où est le paraître à mes yeux ?
Mélange de traineau et de jeu d’anneaux.
C’est beaucoup que de voir les Célibataires de Neige
accomplir leurs petits frigidaires.
Maintenant nous pouvons fixer l’ampoule.
Le filament, pagaie imaginaire.
Mon œil, petit canoë, déjà vu.
Comme les sept costumes indentiques
d’Einstein, la destination
n’a pas changée. Mais Oh !
le voyage, le voyageur.
« Wee canoe », « From huntress », Claire Hero, Octopus # 10.
« The living room », Claire Hero, Diagram 4-5 (www.newmichiganpress.com).
Traduction française : Samuel Rochery.
Les cahiers de Benjy sont un journal à l'allure abstraite, détourné en anthologie progressive, où tous les mois du calendrier peuvent dire qu'il y a une vie contemporaine des formes. Benjy
l'idiot, au sens chronologique bizarre, enregistre l'écriture des petits drames insulaires grammatiques, proses inqualifiables, poésies spéciales, qui font la marge des rendez-vous en ligne.
Benjamin Compson