Jeudi 1 mars 2012 4 01 /03 /Mars /2012 11:53


(Une anecdote éditoriale)

 

Il y a des occasions de se montrer éditorialement vif et opportun. Surprenant. Un peu vivant. Alors que les éditions Inculte viennent de faire paraître l'excellent thriller Paternostra, du chanteur Eugene Robinson (dont un texte sur Dean Martin figure ici), le CipM (Centre International de Poésie Marseille) avait l'occasion de se distinguer (toute proportion gardée) par l'édition d'une pièce inédite du même auteur, parue en décembre 2011. Occasion gâchée. Je voudrais pouvoir ne pas me sentir concerné une seconde par ce gâchis. Sauf que je suis traducteur de la pièce, et que j'ai, peut-être, le sens du respect des textes. Mais le livre a effectivement paru, non ? Oui, en décembre 2011. Alors c'est quoi le problème ? Ben voilà. C'est un livre suffisamment saboté pour que l'auteur lui-même ait eu, un instant, le désir de le renier. Un instant. Parce que la pièce vaudra toujours mieux qu'un éditeur malveillant, quand même. De quel sabotage s'agit-il ? Un simple titre, mais ça suffit : Les sons inimitables de l'amour : un plan à trois en quatre actes, changé, on ne sait pas trop comment ni pourquoi, sans préavis, sans discussion, au dernier moment, en Les sons inimitables de l'amour. "Mais, vous avez été payé pour la traduction, de quoi vous vous plaignez ? L'auteur a été accueilli en résidence, il a aussi été payé, s'il n'est pas content de son livre, je m'en contrefiche, on jette tout à la poubelle. " Je transpose quasi au mot près la parole téléphonique embourbée de l'éditeur, Emmanuel Ponsart, dont je me demande encore ce qu'il voulait prouver par ce ton passablement grossier et indigne d'un homme d'un certain âge, sinon qu'il ne daigne décidément pas passer pour un éditeur compétent. Car enfin : il est assez facile de respecter les volontés d'un auteur, comme il est aisé de refaire une jaquette de livre. J'ai simplement l'impression répugnante d'avoir fait partie, de gré puis finalement de force, d'une équipe de bras cassés - l'équipe accessoirement éditrice du CipM. Comment transforme-t-on d'excellents éléments en un groupe sinistre ? Comment casse-t-on des bras ? L'adversaire ne casse rien, aussi fort et efficace soit-il. Mais l'entraîneur lui-même, ainsi qu'au football : tu joueras ailier gauche, même si t'es meilleur ailier droit. Pourquoi ? Parce que c'est moi le chef. Tu fricotes avec ma femme, je te gicle de l'équipe, aussi génial que tu sois (Raymond Domenech à Robert Pirès, bien sûr). Et si tu traites directement avec l'imprimeur au sujet des corrections en oubliant de me forwarder l'échange, toi, petit traducteur de merde, je repousse la date de parution. Mieux encore : je sabote le titre au dernier moment. Et j'ajoute une ou deux coquilles au texte. C'est moi le chef. En langage vulgaire, on appelle ça le syndrome du cocu. Ce qui s'appelle aussi être très fort en communication. Et voir les adversaires là où ils ne sont pas. Beaucoup plus facile, martialement parlant, que de voir les ennemis là où ils pourraient être réels et vraiment enthousiasmants : un éditeur "concurrent", par exemple. C'est un peu ça, le sens éditorial du directeur de l'obscur CipM, Emmanuel Ponsart, qui fait paraître un livre sans avoir pu une seule fois prétendre, au fond, être à la hauteur de ce qu'il veut faire : on n'achète pas des auteurs et des traducteurs pour le seul plaisir de les mépriser. A moins d'avoir très peu d'estime pour soi-même. 


(Passons) 


Le fort, c'est que le livre, cette pièce de théâtre, existe. Avec ou sans sabotage. Une petite réussite, autant que sont jubilatoires les dialogues de Tarantino - d'une espèce revigorante particulière : nerveux, délicieusement malsains, drôles. C'est aussi le livre le plus surprenant et le plus dense qu'ait écrit Eugene Robinson jusqu'à ce jour, à mon sens. Il est encore inédit dans sa langue originale, et il existe tellement bien en français qu'il a pu donner à son obscur pseudo-éditeur l'envie irrépressible de faire du théâtre. C'est dire.            

 

La couverture initiale, pré-coup-de-théâtre : 

 

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On peut commander le livre ici, et on jettera la fausse jaquette à la poubelle :

http://www.cipmarseille.com/publication_fiche.php?id=fc3d45fd8250787ed27e7bf4ffc820fe 

 



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Les cahiers de Benjy sont un journal à l'allure abstraite, détourné en anthologie progressive, où tous les mois du calendrier peuvent dire qu'il y a une vie contemporaine des formes. Benjy l'idiot, au sens chronologique bizarre, enregistre l'écriture des petits drames insulaires grammatiques, proses inqualifiables, poésies spéciales, qui font la marge des rendez-vous en ligne.  


Benjamin Compson

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