Les cahiers

Jeudi 26 février 2009







Marseille, montée des Accoules, 24 février 2009




Photos : Benjamin Compson / portable Samsung E250.

Les cahiers de Benjy (2005-2009)





Lundi 5 janvier 2009




classer.

ne pas commencer par comment.

Ni non plus ordonner. Et laisser je, autant.

que reste-t-il, 

égales les questions.

Au fond il n'y a, je ne voudrais aucune,

suite.



le fait de.

cherche le rangement des vécus, le sens des,

des lignes, de conduite.

A échapper au tournis parcellaire.

Comment faire sans comment, expliquer.

l'intention de la phrase est une intention de rangement.

D'ordre généreux, d'insecte.



sur le papier le tourment, se résout moins vite.

c'est dimanche aujourd'hui.

sans sujet, j'ai voulu m'asseoir

et me mettre devant.



rarement la même position, comment,

dégagée du temps, la phrase.

À saisir, il faudra changer encore

entre au moins deux choses, sinon on choisira le silence.



il est plus facile d'aller à la ligne que de s'en diriger.

l'esprit est une traverse

entre les montants de la porte,

un linteau fait de moi la maison.

en pensée avec toutes les autres pensées, j'observe muette.

Revenir, on l'a dit souvent, où me trouve,

et le matin est important pour redéfinir être.



à battre dont je sors, se fait en plusieurs temps,

battus. (régler la dette, l'emploi du temps,

de vie)

si j'écoutais.

Si je, recopie.



au milieu du fatras, du désert.

La chaotique des sons, je m'y perds pour la combientième fois.



Ai-je à dire les signes, plus vieux que moi.

une forêt m'ignore, me tourne contre la paroi.

Des trous se bouchent,

ça n'a bientôt plus de nom.

On montre du doigt dans le noir.

C'est pour qui, ce noir.



de quoi s'emplir, la respiration mutique.

Hanche. toute l'agitation du dehors, sur une poitrine sèche.

en nudité de plâtre.

Pas le métal de la cloche, ni plaire,

le claquement d'une portière.

je tapote une séparation

- suis ficelle.



il y a des oiseaux, aussi à côté, et tout est à côté.

se pose se pose se pose,

ainsi se construit un monde, comme je ne veux pas dire,

l'enfant montre le mur de briquettes.

On peindrait, plutôt.



le vent s'ajoute aux matériaux

la répétition explore la prolifération au lieu d'une croissance.

une plante pousserait, seule.

L'eau est dans les souterrains,

l'air est autour invisible.

l'invisible fait pousser.



une vie sans échos -

le timbre des instruments, des outils dérivés,

je dérive.  Dans, où j'habite ce matin,

la superposition.



des clés sous mes lèvres.

sans aviser toute chose se jette.

automobiles loin, les enfants en travers croisent l'avenir qui leur est réservé.

je ne veux pas dire que,

je désire fortement que le monde se révèle à travers moi.



le droit du désordre, du glissement gauche,

combien de lettres dérapées, avant de donner le nom

des réalités.

Je débouche sur, ne pas savoir s'y

mettre est un attelage,

le cheval est fourbu,

transparent à deux têtes.



la phrase est un os,

les mêmes interjections me redisent en cercle

de spirale.

On ne chante pas encore le don des terres foulées.



si je levais la tête, un jour, sans plus de relief,

la lumière des mats verticaux,

des immeubles démontés

 - une miniature de vie.

la dureté des reflets : des couteaux du soleil.



Le nageur ralentit sa course.

l'eau, la même est pour celui de derrière devant.

Dans le couloir, je réfléchis

- peut-être une réaction chimique.



le livre du poète lecture,

sombre sans fond

- est-ce l'automne qui me jaunit

des feuilles sans éclat,

les signes du.



tracer. poursuivre. commettre.

des farces de mots, des dessoudures.

À dévisser les écrous des images. Et si

- mais est-ce ça ?

poursuivre. rien n'arrête.

Des voix humaines prolongent les tas de pierres

(on jette des sacs remplis de matière morte).



des lignes, grises horizontales,

voudraient. claque reste un mode,

suivi de démarrer.

Aucune invention - que se répète,

le changement des vitesses, le mode commun :

répondre.

les enfants restent des enfants.



annuler n'est, ni trop, ni pas assez - assez crier, mais quoi.

l'ordinateur ordonne pour moi.

Pousser, dans la pente un volume de soi.

- ô soi.



le sol (pas l'idée).



Petites provisions, de fer nécessaire.

sous le goudron, les pas

usagers du sommeil.

expliquer meurt le poème.

trans -,

la beauté des approches.



on serait musicien, on serait des cordes d'échanges, des

ô, je réclame.

Quelques débris recensent

les traits d'un dessin perdu.

la facilité, c'est le courage des morts.



du cristal de sel se dissout par le bout des doigts

 - une peau de jour.

comme la page, sans retenir

qui sont.



L'effort,

pour puiser sans leçon,

et plus tard, désassembler la fausse voix.

 - plus tard, seulement.



Tu ne sais, jamais - entends-tu

ce qu'il y a (avant sa présence),

dessous,

tous, nous sommes, la peau.

le regard pourrait mourir enfin.



je me décale du soleil,

ouvrir entre les mots,

le vent balaie, pourvu qu'Il

- si j'étais comme,

la sagesse d'un nuage.



peut-être que j'invente une danse.

c'est une phrase, vouloir percer

le jour.



à qui l'interrogation,

je ressemble comprendre

est la question de la fidélité.



la nuit sur des lits. le matin hors des draps, tout est

comme je sais, comme tout est,

mélange : enlace.

C'est arrivé plusieurs fois,

en mémoire minuscule.



je ne diminue pas, les bruits du lointain.

la présence basse, inaudible

des scarifications tac tac tac

ça et maintenant, les mots veulent.

Oh ! les animaux - Nous : des enfants.

c'est bien.



l'arrêt mobile, le balancement - la marche.

Un plafond suspendu. qu'elle coule,

descend

à ces places, les fils, les torde : le vent les frotte.

j'écris sans compter.

Dans, par celle, j'attrape une couleur.

la couleur est un mouvement.



qui quoi, l'un derrière l'autre. ensemble

est le même mot

qu'on cherche, l'instant infinitif,

crémeux.

Vers la folie, être sûre (on ne le sera pas)

- je promets de taper des pierres,

de justice.



être, sans distinction, la parole comme une vitre,

ininterrompue jusqu'à l'extinction.

la vie en flammes, bleues, petites.

Une corde de rires.



au loin, les autres, au bord partiraient

comment s'attachent les vies.

« d'un coup

dans le grand sac d'images, j'ai sauté la barrière. »



on ne peut pas classer toujours.

on ne peut pas classer toujours.



hors, le champ, l'étendu du mot arriver,

définir je pense que je meurs,

ne me retourne pas, continue je,

le pain donne la main à la mort.

j'ai faim.


 

 


 

 

Dorothée Volut a récemment fait paraître Alphabet, chez Eric Pesty Editeur.

 

 

 


 


Mercredi 24 décembre 2008



j'ai une hérédité de longue date qui me fait que jeune déjà je ressemble à un vieux. je porte. et les gènes et les gestes. tout ce qui use. j'ai un besoin de compagnie. moins la compagnie humaine que celle des cailloux, des dalles, des fougères, des cloportes. j'ai le goût de la compagnie de ce qui m'est autour et aussi de ce qui m'est quand je me penche. les cloportes les roseaux. quand je m'enfonce dans la forêt le lichen. je ne m'ennuie jamais si quelque part je suis à portée de caillou. il me suffit de quelques heures pour le considérer en son vrai. rencontrer des gens, comme je fréquente le caillou, je ne suis pas contre, par principe, je n'ai d'ailleurs pas de principe. et quand je m'essaye aux gens, bien entendu sans la moindre dialogation, je trouve cette compagnie moins plaisante que l'autre. j'ai hérité de mon grand-père une belle force et je suis toujours dehors à l'essayer. je n'aime pas être spectacle. mon organisation de vivre me porte au spectateur, et souvent je n'ai rien à voir chez les autres. alors je me penche aux choses, caillou lichen roseau. si je me porte au gen souvent je n'apprends guère, souvent l'objet considéré me porte rapidement aux nerfs. quand il ne se moque pas directement de moi. ce besoin de solitude et de compagnie me rend habile au scoubidou. quand je tresse le plastic je me débrouille dans la société et je la plie à mon gré. la satisfaction morale que j'en tire, l'éloquence visible de mes doigts, me portent, m'élèvent. elles sont mon discours muet.





Mardi 16 décembre 2008




Traduit de l'américain par Samuel Rochery



Ce que j'en dis : pense large.
Si ce sont des vagins dans les mains que tu veux, demande.
Tu n'as pas besoin de remplir
une déclaration sur l'impact environnemental.


Tout ce que je demande pour noël
c'est un oeil-de-boeuf dans ma tête, mon cerveau,
touché par la lumière du soleil.


Creuse juste un trou dans mon crâne,
ce qu'on appelle trépanation,
et je ressemblerai au Panthéon à Rome.
Le panthéon où vivaient les dieux,
l'œil par lequel ils sont entrés et sortis
quoiqu'ils soient surtout entrés.


L'œil-de-bœuf est un œil, j'aimerais un troisième œil
dans ma tête, un sourcil dans mon genou, une langue
à chacun de mes doigts. Je n'ai jamais eu


à m'asseoir sur les genoux du Père Noël.
Est-ce que tu savais qu'il y a quatre-cent
soixante-dix mille Pères Noël, tous en train à l'heure qu'il est
de récupérer leur veste chez les teinturiers, qui utilisent des produits chimiques
en vue de nous rendre stériles.
Ils distribuent aussi des calendriers, j'aime bien


enterrer le mien jour après jour
avec un X dans les petites cases,
pratiquer des cercueils
et à la fin de l'année
découper les images
de rivières et de soleils couchants et les emmener
auprès des rivières et des soleils couchants,
et dire, c'est ce à quoi vous ressemblez,


vous ressemblez à Juillet, Novembre,
ensuite j'accélère le coucher de soleil pour que le soleil se couche,
avec un aimant en forme de banane,
et la rivière se lape elle-même et disparaît.




Copyright : Bob Hicok & Octopus Magazine, 2008



Lundi 8 décembre 2008



Nous sommes nés avec l'image, avec l'image reproduite. Quand je dis « nous sommes », je veux dire la S.A.S.A. À partir du moment où les images ont commencé à envahir le monde et ont jeté leur lumière criminelle, nous sommes apparus. La photographie est notre ennemie. La télévision est notre ennemie. Le cinéma est notre ennemi. Ces images fixes, mouvantes, reproduites et reproductibles, qui s'élancent de par le monde, ce sont nos ennemies. Louis XVI ne fut-il pas reconnu à Varennes, parce que sa figure ornait les pièces de monnaies de l'époque. C'est à cause de son image, qu'il fut attrapé. La face du monde aurait été changée s'il n'avait pas été reconnu. Notre société se joue à pile ou face. Pile tu peux continuer à vivre heureux, car caché, face, tu es reconnu, et on te coupe la tête. Voilà où nous en sommes. Nous vivons sous la tyrannie de l'image diffusée. Tous ces visages exposés mènent à la mort. La leur, la nôtre. J'en sais quelque chose, car je dois regarder la télé, dois aller au cinéma, dois éplucher les magazines, à la recherche des visages, d'écrivains dont on parle, mais qui ne peuvent être reconnus dans les rues. Je vis entouré d'images et j'en meurs, je sais qu'elles me tuent à petit feu ; elles me tuent, me vident, et m'empêchent de vivre pleinement la vie que je devrais mener. Mais attention je ne me plains pas, je sais que je travaille et que je me sacrifie pour une grande œuvre. Et il va me la jouer martyr, maintenant, il n'a qu'à partir, et mourir où il veut, pas obligé de mourir devant son poste de télé. Oui, la télé tue. Elle tue aussi froidement qu'une balle dans la tête. On parle des morts des guerres, on parle de ceux qui sont tombés sur le front, mais parle-t-on de ceux qui sont morts devant leur télé, tué par elle. Moi je dis : homicide volontaire. On me rit au nez, mais combien de morts devant la télé, autant que la boucherie de 14-18, et tout cela dans le plus grand silence, dans la plus grande indifférence. Tout le monde s'en fiche. De ces morts devant la télé. Pourrons-nous jamais crier assez fort contre le monstre télé ? Jamais. Nos cris ne sont que des petits bâillements devant ce monstre. Mais voilà qu'il commence à s'emporter, il parle plus fort, plus haut. On nous regarde. Pour quelqu'un qui n'aime pas la publicité il est en train de se donner en spectacle. Oui, la télé est en train de tuer la civilisation. L'image tue la société, et nous devons la défendre, la société, coûte que coûte, vaille que vaille, nous ne pouvons la laisser dans cet état, nous ne pouvons continuer à faire comme si de rien n'était, comme s'il ne se passait rien. Il s'en passe des choses. Il faut défendre la société, c'est notre mot d'ordre avec vivons caché pour vivre heureux. Il va se calmer, parce qu'il commence à être ridicule avec ses airs de tribun, de Saint-Just des bords de plage. Il est en train de perdre les pédales le vieux. Il faut qu'il se ressaisisse. Il va faire un infarctus, là, devant moi, au bord de la mer, sous le ciel bleu, la tête la première sur la table, je vais avoir l'air malin, je ne sais même pas qui c'est. Oui, je m'emporte, je le vois dans vos yeux que vous me demandez d'arrêter, vous avez raison, je dois me calmer, mais voyez vous, j'ai donné ma vie à notre cause, et je sais qu'ils sont là, ils sont partout, ceux de l'autre camp, les amis de l'image diffusée, la Secte de la Transparence, ils sont là partout autour de nous, et ils veulent notre perte, ils veulent notre fin, ils veulent que nous disparaissions sous la lumière qu'ils vont diffuser dans le monde entier, la Grande Transparence, comme ils l'appellent. Ah, voilà le grand complot. Enfin. Je me demandais quand il allait arriver celui-là. Le complot de la grande transparence. C'est amusant, comme nom de complot. Ma question va être abrupte : vous luttez contre le Grand Transparent, mais quelles sont vos armes, vous qui êtes dans l'ombre ? Nos armes ? Mais ce sont nos présences, ce sont elles nos armes, c'est parce que nous existons que nous sommes une menace pour le Grand Transparent, notre seule présence suffit. Quand lui, doit mener des actions et encore des actions pour jeter la lumière sur nous et sur le monde. Voyez-vous et comprenez-le bien, l'Ombre est naturelle, la Lumière est une création de l'homme. Une création qu'il ne maîtrise d'ailleurs pas complètement et qui s'est retournée contre lui. Vous pouvez devenir une ombre, rejoignez-nous, soyez des nôtres. Pourquoi cette insistance, et il est vrai qu'il en a beaucoup dit. Et ne pensez-vous pas que je vais vous dénoncer, dire à tout le monde qui vous êtes et ce que vous faites ? Vous pouvez, mais qui vous croira, qui croira que depuis tant et tant d'années, deux groupes s'affrontent : la S.A.S.A et le Grand Transparent ? Qui croira qu'une société d'anonymes œuvre dans l'ombre et pour l'ombre, quand une autre veut la victoire de la lumière ?




Pour en savoir plus sur la S.A.S.A., rendez-vous sur le blog du Consul.






Jeudi 13 novembre 2008



Traduit de l'américain par Samuel Rochery


Tout peut casser, tout peut se réparer.

Détends-toi seulement, je me dis, à m'inquiéter

de nouvelles fissures dans les choses, des cendres d'encens qui tombent sur la moquette.

La première chose que j'ai remarquée c'était une photo

qui était censée être là mais qui n'était pas là.

Trafic temporel et spatial.


Nous prenons des hot dogs.


Lire la lettre de Philip à Joanne,

« Stinson Beach, Californie,

Mardi 19/09/68 dans le milieu de l'après-midi ».

Peut-être que je lirai ça au Memorial Reading

Et puis un bout de mon travail.

Demander à Mick de réserver « Les imaginations de Taj Majal »,

« Notice approfondie », et « Le tournant » pour moi.


Je suis en train de me demander si j'ai raconté l'histoire de quelque chose

qui s'est déjà passée, ou si je devrais la raconter tout de suite

avant que je ne l'oublie. Sale migraine toute la journée

qui dure depuis trois jours maintenant, mauvais sommeil. Pire que pas de sommeil.

Très nerveux à propos de je ne sais quoi, peut-être l'anticipation

de mon retour en Californie, rendre visite aux vieux amis,

voir les vivants qui se rappellent de Philip.

Boutiquer des trucs, réparations, maintenance.


Besoin de me mêler à des gens.

Nouvelle routine avec Cosmos pas loin.

Me sens mal parce qu'il doit s'ennuyer ou se sentir abandonné.

S'il avait pu faire comme il voulait il serait dans la pièce avec moi

à regarder la télé, jouer sur mon ordinateur,

manger des chips aux oignons, boire du punch.

Il est juste entré pour me dire : « Dis-moi quand tu es cuit,

on pourra regarder un film.»


Je n'arriverai jamais à faire de la poésie noir sur blanc.

Qu'est-ce que je fais en ce moment ?

Je meurs d'envie de manger une barre de chocolat. Ça m'obsède, alors que la journée se termine.

 


 

 

Copyright : Michael Rothenberg & Shampoo Magazine, 2008

 


Jeudi 6 novembre 2008


4


c'est comme train obstiné comme un découpage

c'est pire que Yalta c'est un laser c'est quoi l'espoir

          _une peau d'emprunt est un mot comme un chant

qui de façons ou autres déporte l'espoir c'est mémoire

comme un oiseau blessé piqueté becqueté


quand les ogres s'en rient des promesses

n'ont que faire le pire à venir

toujours les trains toujours les rictus

les armes les sceptres et les chants

          _et le train est une terre est un cadavre


comme un désastre obstiné est le temps

comme un désastre obstiné bêtes de sommes

jonchent la terre jonchent le temps

          _et l'espoir est ivresse est une scène de chasse

comme le train du monde est un attentat




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c'est comme carte figure

par séries conventionnelles et blanc-seing

l'ogre obstiné d'autant que plusieurs et de loin

ça dure à construire châteaux clans et familles

          _un fossé est un fossé comme un cadavre rassure


comme le limes éreinte et blesse celui

qui de désir gambade étreint l'horizon

          _comme le néant est ivresse est un emprunt

une mors osculi

la vie un désir


est une arme un totem est un désastre est un jeu

qui s'obstine et retourne les cartes les brouille

s'y perd qui rit comme on erre de rencontres triviales

en cuisines un jeu de dés est un hasard

          _est plus qu'un mot un espoir bougre d'appétit





Mardi 28 octobre 2008





Traduit de l'américain par Samuel Rochery



Je dois me déboutonner
les deux manches et puis penser à des noms
pour ma liste de témoins d'exécution

Qui prête attention ? Qu'est-ce qui
Pleut à verse là ? Ces gâteaux de glace
Auxquels je pense sont assez coupants

Tel est le courant alors je compose
Et compose et compose je ne fais que ça
Sur un fleuve moins vieux après

Ce temple est à moi
Ses entrées ferment
Quand je ne suis pas là

Je suis en dehors
De mon passé noir
Et j'applaudis pendant des heures

Une fois j'ai fait rimer commencer
Avec commencer et nous avec nous
Dans la baignoire et tout

Et avec un rasoir
Baisant par derrière. Il y a une dernière
phrase qui arrive

La grosse voix du speaker
Avant de partir placez ceux
que vous aimez dans le canon

Je choisis John Huston
Le Déluge Enchanté, et La Baise
Dans une Blanchisserie Chinoise

Plus c'est près de la terre
Plus c'est rose profond
Et je suis sans mon amour

Pensif à présent
Derrière une bouche meurtrie
Et derrière des yeux, Pourquoi

Tu mets tes
Lèvres comme ça ? Parce que
Je sais qu'elles ont l'air adorables

Pour ne pas dormir et en faisant tourner
un compteur de maquillage
je récite les lignes dont je me rappelle

Squelettes avant un printemps desséché
Aussi noirs que le miroir est noir
Sous ma main les pyramides ont poussé

Récite les lignes
Laisse-les mourir sur la fin
et dans les ruines

La nuit je reviendrai pour qu'on me voie
Autrefois j'ai aimé cet atelier clandestin
La perle noire est placée

dans ma bouche donc je suis mort
avec un menton comme celui-là
Promets-moi. C'est d'accord

De raser le travail du début d'abord.
C'était poliment romantisé
Et jamais fait pour qu'on meure.



Jeudi 31 juillet 2008

 




Et pour vous jeune homme ce sera ? Une tête, une tête fraîche bien droite et embuée posée sur le menton.



Des roses sur les chevilles. Mais elle se barbe.



Mais lui encore n'y est pas, à terre. Seuls ses yeux. Épuisés très rouges. Et son crâne brun luit. Néon. Ailleurs c'est la joue sur la main ou le bref graffiti gravé rouillé. Enfin : indifférente elle se fait les ongles en attendant la fermeture.



Il lit, attentif. Le yin : fruits frais, le yang : fruits secs, le yin : curry, le yang : ail. (J'invente rien !) Il mâche un chewing-gum à la chlorophylle.



Une presque vieille dame assise dans un café mange avidement avec les doigts un gâteau s'emplit la bouche avant même de penser à la vider.



Au milieu d'une semi-foule, le chien rampe (géant baveux, triste, terrifiant) - et flaire la semelle du type qu'attend, de rien s'aperçoit, attend la gueule finale.



Manteau de fourrure, anneaux aux oreilles, cheveux cuivre comme faux, les yeux très maquillés, le gauche au beurre noir.




Très jeune fille encore, elle rit, un geste maladroit de sa main finie. L'élocution difficile, propos fins et malicieux et élégants. Le fauteuil roulant, c'est bien l'appareil le plus perfectionné de la ferme. Dans la cour ses petits-enfants jouent avec le chien.



Si elle tourne le dos à la porte, assise dans le coin, tête baissée : qu'elle pleure. Main sur le mouchoir, puis se redresse, et deux doigts sur le front.



Un petit chapeau vert, sac d'oranges à la main, la bonne mine brune, d'un bond le voilà. Un peu épais, et derrière, la vie froissée, exils, travaux, fatigue, mais l'épiderme seul est émoussé.



Pissotière automatique. Il paie, récupère la monnaie, la porte s'ouvre, il regarde sans entrer, jette la pièce dans les chiottes, gling ! Et s'en va.


 

Mardi 22 juillet 2008

 

 

Se réinsère l'acte de naissance.
Qu'est-ce qu'on exécute.
Intérieur.
Nuit n'est pas brillant.

Consentir consentir.
Elle a à consentir.

Paul qui a perdu son argent.
Jean en a encore beaucoup.
Joséphine héritière.

Scène.
Un seuil.
Une maison c'est parfait.
Rue dans une ville qu'on dit jolie.

J'ai femme et enfant. J'ai femme pour
Enfant. Cet enfant c'est le mien. Bref
Intervalle de temps. Ils changent avec
Eux. À la porte. À distance de la porte.

Délicat. J'ai terriblement peur mais je suis là.

 

*

 

Georges Maratier en Amérique.
La vie sexuelle de Genia Berman.
Un livre de Georges Hugnet.
La décision d'Eric Haulville.
L'évocation d'Henri d'Ursel. La renommée
De Bernard Faÿ. Les prophéties faites
A René Crevel. Ces titres se
Composent de phrases sans
Interruption. C'est que sucer
Est dangereux. Danger
De la succion.
En soi.
Pour soi.
Avec eux.

 

*

 

À moi. C'est à moi.
Pourquoi est-ce à moi.
À vous. À nous. À toi. Pour
Quoi faudrait-il que ce
Soit. À nous. À eux. À
Moi. À moi. Quand
C'est à nous c'est
À moi. Ou
Ce qui
Est
À
Moi.

C'est à moi.
Naturellement.
C'est une brouette qui inquiète.

Ils reviennent.
Ils se sont connus.

Joséphine parle la première.
On. Ne sait souvent. Pas.
Qu'on les. A perturbés.
En vain c'est. En vain.
Qu'ils calculent. Aux
Agneaux les petites.

Les petites filles re
Ssemblent aux petits
Chiens.

 

*

 

Malin. Très malin. Mignon.
Très mignon. Critique. Critique.
Je ne veux pas être visible ou invisible.




 

 

Mardi 15 juillet 2008



               

                D'abord. C'est Sansar. Il vient là. Il dit. Hé. Mais. Il y a. Là. Autant qu'ailleurs. Non ? Il fait. De sorte qu'il plante tente. Il sort. Et va acheter la terre à l'office d'Uulaan. Voilà. Il le fait. Il achète terre. Légalement. Il plante ensuite sa tente. Légalement. Là. Sur terre. Après. Il y a les autres. Hé. Mais. Sansar. Ils font. Ceux qui passent. Qu'est-ce que tu fais là ? Niquedouille ? Ils font. À lui. Sansar. Il est assis devant tente. Il affûte ses outils. Il dit. Bah. Il y a. Là. Autant qu'ailleurs. Non ? Je veux dire. Il y a ciel et terre. Quoi. Comme ailleurs. Il n'y a pas de raison que ça marche pas. Il fait. Il y a juste que. Là. Terre est vide. Et qu'il y aura. Dès lors. Boulot. Quoi. Il fait. C'est comme tu veux. Sansar. Font ceux qui passent. Pauvre fou. Ils font. Après. Entre eux. Quand leurs camions s'éloignent. Vont vers Uulaan. Ah oui. On dit. À cette époque. Terre. Ou là. On ne dit pas. Dalandzadagad. Ou Molan. On dit juste. Terre. Ou là. Elle n'a pas encore de nom. Elle est juste ça. Terre. Quoi. Elle est vide. Plaine d'herbes houleuses. S'agitant au vent. Je veux dire. Quand lui. Sansar. Achète terre. Alors. Après. Il y a ça. Solitude noire au-dessus des herbes. Solitude pour Sansar. Il souffle. Agite outils au-dessus de plaine. Coupant. D'un coup. La plaine en deux. Dressant barrière. Au milieu des herbes. Dressant barrière. Entre ici. Et là. Sa tente est ici. Le vent est un voisin. Il habite là. Après. Il dit. Ici. C'est Molan. Là. C'est là. Ça n'a pas de nom. Après. Après avoir nommé. Ici. Après l'avoir nommé Molan. Il va là-bas. Vers Uulaan. Il achète. Au marché. Brebis. Deux. Altantsetseg et Narantsetseg. C'est leurs noms. Après. Il laisse tranquilles Altantsetseg et Narantsetseg dans le pré. À l'intérieur d'ici. À l'intérieur de Molan. Il les laisse un jour. Et une nuit. Après. Il y a grand rassemblement. Ici. À Molan. Il y a Sansar. Altantsetseg. Et Narantsetseg. Ils se rassemblent. Ici. À Molan. Ils le font devant tente. Devant linge sale. Nouvellement lavé. Le petit linge de Sansar. Il dit. Aux brebis. Au boulot. Les filles. Il y a pas mal. Ici. À défricher. Non ? Oui. Elles font. Elles. Les brebis. De sorte qu'on se sépare la tâche. Les brebis broutent au sud. Sansar déblaie au nord. Réunis. Pourtant. Sur un même lieu. Bientôt sec. À découvert. Après. C'est l'hiver. Il y a. L'hiver. Là. Sur plaine. Khaltar Guichyguinnkhen et sa troupe. Ils sont armés. Ils passent dans camions. Ils voient. Sur la plaine glacée. Molan. Tente et pré à découvert. Ils disent. Hé. Mais. Il y a quelqu'un ici. Non ? Oui. Probablement. Fait Khaltar. Guichyguinnkhen. Alors. Ils quittent alors là et vont ici. Molan. Y tuent Sansar. Altantsetseg. Et Narantsetseg. Sauvagement. Ravagent la tente et le petit linge sale. Y mangent. Après. Il ne reste rien. Ici. Du camp de lui. Sansar. Et rien d'eux. Molan. Sansar. Altantsetseg et Narantsetseg. On oublie même leurs noms. Fin de l'histoire. Fin de Molan. Sansar. Altantsetseg et Narantsetseg. 


                Et c'est début de ça. Boosniikhon. Et Dalandzadagad.


                Début d'une autre vie. Quoi.


                Et elle commence. Ici. Dans un office. D'Uulaan. Dans les archives d'un office d'Uulaan. Hé. Mais. C'est vrai. Elle appartient à quelqu'un. La plaine. Fait l'employé. Khereid. Regarde. Il fait. À lui. Boosniikhon. Il vient de là. Il est passé là. Il a vu la terre. Il a trouvé les os de Sansar. Altantsetseg. Et Narantsetseg. Il a trouvé petit linge en ruine. Il veut acheter la terre. Il dit. Ici ou ailleurs. Il plante sa tente. Il va ensuite à l'office. Il dit à l'employé. Khereid. J'ai vu terre. Elle est bonne. Je veux planter ma tente. Là-bas. Légalement. Mais j'ai trouvé os d'un type. Et os de moutons. De sorte que l'autre. L'employé. Il va dans les archives. Il trouve. Dans la poussière des archives. L'acte légal de vente et d'achat de la plaine. De sorte qu'il trouve Sansar. Le nom de Sansar. Dans les archives. Hé. Mais. C'était il y a des siècles. Il fait. Il doit être mort. Maintenant. Sansar. Il fait. De sorte qu'il y a. Maintenant. Dans l'office d'Uulaan. Un accord. Entre Khereid. L'employé. Et Boosniikhon. Le petit bonhomme sale. Le pouilleux. Et Khereid dit. Terre est faite pour que les moutons naissent. Non ? Il est dommage de laisser terre. Là-bas. Avec rien. Ce serait bien que terre. Là-bas comme ici. Puisse faire naître. Et pousser. Les moutons. Non ? Oui. Fait l'autre. Fait Boosniikhon. Voyant déjà l'affaire. Toute l'affaire. Moutons naissant dans chaque lieu. Selon leur semence. Illuminant le monde. La terre de là. La faisant. Elle. Prospérer. C'est bon ? Alors ? On est d'accord ? Fait ensuite l'autre. Khereid. Oui. Bien sûr. Dit l'autre. Boosniikhon. De sorte que Khereid. L'employé. Propose à Boosniikhon. Le pouilleux des plaines. Un marché. Il dit. Devant nous. Il y a l'avenir. Séparons l'avenir sombre de l'avenir lumineux. Il le fait. Il sépare avenir sombre d'avenir lumineux. Il le fait ainsi. Il place avenir sombre dans une farde en carton où il place le papier. Celui retrouvé ici. Dans les archives d'office. Celui par lequel on se rappelle qu'il y a eu. Un jour. Une fois. Un type. Sansar. Il est venu à l'office. Il a acheté terre. Acheté Molan. Légalement. Y a planté sa tente. Légalement. Après il range dossier dans un tiroir. En haut. De son bureau. Il ferme tiroir à clé. Il met clé autour de son cou. C'est possible si on a un cordon à petites boules. Métalliques. Il en a. Après. Il prend document vierge. C'est autre papier. À remplir. Un acte d'achat. Et de vente. C'est l'avenir. Lumineux. De Boosniikhon. De sorte qu'ils remplissent papier. Khereid. Et Boosniikhon. De sorte qu'ils scellent. Dans papier. L'avenir. Il sera lumineux. C'est celui de Boosniikhon. Hé. Mais. N'oublie pas que. Maintenant. Dix pourcents de tout. Tes terres. Tes moutons. M'appartiennent. Dit. Ensuite. Khereid. L'employé. À Boosniikhon. Le pouilleux. Oui. Fait lui. Le pouilleux. Je sais. Après. On se déplace. Tous. Et on revient là. Anciennement Molan. On y revient avec Boosniikhon. Voyage n'a pas duré. C'est la nuit. Maintenant. Il plante. Là. Légalement. Sa tente. Juste avant de rentrer dans tente. Il se couche là. Sur Molan. À même le sol. Sur le dos. Il regarde ça. Voûte céleste. Illuminant le monde. Immense toile de yourte. Percée des trous des étoiles. Bazarragchaa et Tsetsegmaa sont dans camion. À l'arrière. C'est bélier et brebis de Boosniikhon. C'est sur Bazarragchaa et Tsetsegmaa que Boosniikhon compte. Pour illuminer le monde. Voilà. Il dit. Au marché. Quand il achète Bazarragchaa et Tsetsegmaa. Je compte sur vous.  Bazarragchaa et Tsetsegmaa. Pour illuminer le monde. Peupler terre selon semence à vous. Peupler terre suivant la foule. Issue de vous. Bélier et brebis célestes. Selon l'accord passé jadis entre lui. L'employé Khereid. Et moi. Boosniikhon. De sorte que. Foule immense et vivante peuple bientôt là. Dalandzadagad. C'est nom que donne lui. Boosniikhon. À là. C'est anciennement Molan. Si bien que tout le monde oublie Molan. Et Sansar. Et Altantsetseg. Et Narantsetseg. Et tout le monde parle. Maintenant. De Dalandzadagad. De Boosniikhon. Bazarragchaa et Tsetsegmaa. De sorte que. Tout le monde connaît. Maintenant. Eux. Boosniikhon. Bazarragchaa et Tsetsegmaa. Depuis Uulaan jusqu'à là-bas. Le sud. Dans le désert. Depuis la frontière ouest jusqu'à là-bas. La frontière est. Et tout ce qui vit. Respire. Ici. Et se faufile. Ou vole. Ici. Dalandzadagad. Appartient à lui. Boosniikhon. Moins dix pourcents. Appartenant à lui. Khereid. L'employé de l'office d'Uulaan. Tous les moutons. Toutes les chèvres. Toutes les poules. Et tous les oeufs. Moins dix pourcents. Et tout se multiplie. Comme ça. Durant des siècles. Des années. Je veux dire. Camions de Boosniikhon. Tentes et bergeries. Autant que moutons. Chèvres et poules. Alors. Il y a ceci. Il y camions de Boosniikhon. Comme tous les camions des autres bergers. Autres landiers. Ils alimentent Uulaan. La capitale. Pourvoyant elle. En ça. Moutons. Chèvres et poules. De sorte que. Les affaires marchent bien. Dit Khereid. S'enrichissant. Comme ça. Dans capitale. Il ponctionne dix pourcents. À Boosniikhon. Sur les affaires. Tous les marchés que lui. Khereid. Conclut. Multiplient. Les rentrées. Ça ne lui coûte rien. Il a passé. Trente. Quarante. Accords. Avec d'autres bergers. D'autres landiers. Il a dossiers d'avenir sombre. Trente. Quarante. Scellés à clé. Dans son bureau. Tout marche bien. Après. Il y a plusieurs hivers rudes. La troupe de Khaltar Guichyguinnkhen dit à Khaltar. Son chef. Khaltar. On a faim. Oui. Je sais. Fait lui. Khaltar. Un vieil homme maintenant. Il affrète camions. Et. Maintenant. Il y a camions. Camions de Khaltar Guichyguinnkhen et de sa troupe. Ils reviennent. Sur plaine glacée. Ils reviennent à Dalandzadagad. Ils voient les tentes à découvert. Et les dizaines de bergeries. De Boosniikhon. Ils pillent Dalandzadagad. Y tuent tous les bergers de Boosniikhon. Violent toutes les femmes. Ils massacrent. Sauvagement. Bazarragchaa et Tsetsegmaa. Les courageux Bazarragchaa et Tsetsegmaa. Ravagent les tentes et le petit linge sale. Après. Il ne reste rien. Rien du camp de lui. Boosniikhon. Et rien d'eux. Les bergers. Les femmes. Bazarragchaa et Tsetsegmaa. On oublie même leurs noms. Fin de l'histoire. Pour eux. Les bergers. Les femmes. Bazarragchaa et Tsetsegmaa. Tous terminés dans l'estomac. Le ventre. Maintenant gros. De Khaltar Guichyguinnkhen. Et de sa troupe de chiens. Après. Ça continue. Pour eux. Boosniikhon. Et Dalandzadagad. L'être pouilleux. Et la terre plane de là. Ils ne sont pas anéantis.


                L'employé Khereid dit. Faisons un marché. Un autre. Il dit à lui. Boosniikhon. Pouilleux. Revenu de là. Dalandzadagad. Juste après ça. Carnage. D'abord. Il écoute tout ce que l'autre. Boosniikhon. A à lui dire. Puis. Il dit. D'accord. Ami. Je te prête l'argent. Je te donne tout ce qu'il faut pour que tout ça. L'affaire. Reprenne. Je récupère ainsi l'argent. Je prends cinquante pourcents. D'accord. Ami. Fait l'autre. Boosniikhon. De sorte que ça. Dalandzadagad. Reprend vie. On plante des tentes. Légalement. On construit. Bergeries. Ça ressemble autant à Khereid qu'à Boosniikhon. Ils se partagent les bénéfices. Cinquante cinquante. Les camions portent à Uulaan. Les bêtes. Le petit peuple. Les moutons et les chèvres. Et les poules. Les oeufs. On soigne les bêtes. Mâles et femelles. Tellement bien que. Bêtes sont. Ici. Fécondes. Multiples et fécondes. Plus qu'ailleurs. N'importe où ailleurs. Naranchimeg. Chuluntsetseg. Sont les bélier et brebis célestes. De eux naissent le peuple. Tout le petit peuple de Dalandzadagad. Oui. Fait Boosniikhon. On dirait que leur semence commande à la semence. Oui. Fait l'employé. Khereid. De sorte que. Très vite. Tout ce qui pousse. Vole. Se déplace sur la terre. Vit. Et respire. À Dalandzadagad. Appartient à eux. Khereid. Et Boosniikhon. Après. Tout le travail. Tout ce qu'il y avait à faire. À Dalandzadagad. Est achevé. Tout ce qu'il y avait à faire à Dalandzadagad est achevé. Fait lui. Boosniikhon. À lui. Khereid. Il y a suffisamment de semence sur la plaine. Maintenant. Suffisamment de petites bêtes rampantes à ras du sol. J'ai fini mon travail. Quoi. Il fait. D'accord. Il fait. L'autre. Khereid. De sorte que lui. Khereid. Et l'autre. Boosniikhon. Cherchent. Maintenant. Une maison. À Uulaan. Une bonne maison. Pour arrêter tout leur travail. Puis ils arrêtent tout leur travail. Ils emménagent dans maison. Avec Naranchimeg. Et Chuluntsetseg. Les père et mère du petit peuple. Ils restent. Là. Ensemble. Quand ils arrêtent leur travail. Il y a déjà. Dans maison. Khaltar Guichyguinnkhen. Et tous les vieux de sa troupe. Les grabataires et les déboussolés. De sorte qu'ils vivent tous ensemble. Les grabataires et les déboussolés. Et qu'ils discutent. Maintenant. Toute la journée. De tout ce qu'ils ont créé. Khereid. Boosniikhon. Et même Khaltar Guichyguinnkhen. Et tous les vieux de sa troupe. Tout ce qu'ils ont créé pour faire. Et ils finissent ainsi leurs jours. Dans une maison pour arrêter leur travail. Une maison à Uulaan. La capitale. Et Naranchimeg et Chuluntsetseg finissent aussi leurs jours. Avec eux. Khereid. Boosniikhon. Khaltar Guichyguinnkhen. Et tous les vieux de sa troupe. Et ils quittent tous ensemble. Maintenant. L'histoire. Et il ne reste. Maintenant. Que nous. Les descendants. Les fils et petits fils de Naranchimeg. Et Chuluntsetseg. Les père et mère du petit peuple. Les père et mère de nous. Moutons et chèvres. Et poules. De là. Dalandzadagad. Anciennement Molan. De sorte qu'il n'y a plus rien à dire sur eux. On peut passer ailleurs. Dire autre chose. Et on le fait. Pan. On passe ailleurs. On dit autre chose.


Mardi 8 juillet 2008

 

Traduits de l'allemand par Arno Calleja et Samuel Rochery, en collaboration avec l'auteur*



Les interventions nécessaires

Les poissons qui marchent je vais les repousser dans l'eau en cachette je vais écouter le secret des abeilles dans son cours je vais imposer des devinettes au soleil il faut que les montagnes puissent enfin dormir tranquilles et que les papillons voyagent sans entrave les mers je vais les chatouiller jusqu'à ce qu'elles éclatent de rire avec de vieilles lampes de poche je vais séduire les vers luisants et effrayer les forêts je vais perturber le chant des baleines je vais demander à la glace si elle se souvient de son état d'eau je veux une couleur plus chaude pour tout ce qui pousse les antilopes doivent surveiller leur alimentation et les grenouilles doivent enfin apprendre à marcher je veux que la terre redevienne plate et que les hommes perdent enfin la mémoire à l'inverse des pierres qui retiennent tout

 

Ce que nous sommes

De la salle informatique nous sommes l'odeur nous sommes le grouillement des rues nous sommes les notes dans le vent et le pavé sur les rails du train nous sommes plus sérieux que les animaux un bref frémissement dans l'univers nous sommes les croix délavées après les guerres le rire dans les mines et les rimes au bout des lignes nous sommes les taches de couleur sur l'océan la promesse dans les pillules nous sommes ceux qui cueillent les fleurs nous sommes les météorologues peu fiables et les gardiens du musée la douleur au bout des aiguilles nous sommes des producteurs infatigables d'excréments le brillant des photos les accélérateurs de particules nous sommes les créatures solitaires sur les montagnes nous sommes le tic-tac vide des longues journées nous sommes les inventeurs des putes et les putes nous-mêmes


Cocon sonore

Avant les premiers trafics du matin
un cygne
qui voyage à travers le ciel
aspire des étoiles dans
la cour
à un siècle de distance
un concert de flûtes
jamais donné
dans le mur pas
de toux
le carrefour en bas
désert : mais où sont passés
les humains ?



Maison de l'ange

Remarque : les anges arrivent toujours
de biais et
ne font ni une ni deux
c'est toujours par la jambe
qu'ils te chopent
mais la chute est douce
et pleine d'imprévus

En vrai il n'y a pas d'anges
mais si on a du temps tricoté de grosse laine
et les mains pas lavées
on peut les appâter
(policiers indésirables)

Une fois installés
même après des orages
tropicaux
leur sens magnétique retrouve
toujours la maison

Surtout ne pas prononcer
d'impératifs
et quand le son clair retentit
on demande un petit bol de silence :
la danse peut commencer
les jambes en l'air

 


Extraits de Die Ordnung des Schnees,
Zu Kamplen, 2005.



* La traduction-transposition des textes d'Andreas Münzner présente une petite partie du travail effectué lors des 12e rencontres littéraires Nord-Sud Passage 2008 organisées par Sabine Günther à Hambourg et Marseille. Les deux premiers poèmes sont des transpositions d'Arno Calleja. Les deux suivants, de Samuel Rochery. Une publication de l'intégralité du travail  est prévue sur le site de Passage & Co.






Lundi 23 juin 2008

 

 

Pom content de son agreg de réussie de son père comptant sa mère aussi parfois Nib blasculant  d'une sur l'autre la tête de Pom s'ensuivre anévrisme malin puis BLOM matin inattendu Pom dans les pommes


en fait pommes pour Nib et Bif Pom lui récupéré vite oh trente quarante minutes rien presque pour un coma Nès la plupart etc... justement trente de conscience un temps énorme que dire de quarante une éternité

 

comble Pom en moins de trente quarante réalisateur malgré lui notez bien d'un film de science-fiction Bif Nib Gab Ju acteurs en personne le casting d'enfer inerte Pom voyant tout ça si c'est pas une horreur

 

mais renforcé par les quatre réunis plus lui il compte pour quelque chose les voyant d'une part l'une allongée sans réaction l'autre de même pas de répétition mal placée il reste d'autre part encore un autre Pom là alors

 

c'était sans compter avec Nès pas d'espoir pas tout à fait fermés même grands ouverts le pire les murs plafond fenêtre tout Pom le voyant regarder sans pouvoir

 

alors Bif pas l'oublier Bif fourmillant dans un pas tout foutu Nib un plie deux se déplie l'avancée que c'est puis deux incroyable même chose Nib lui non puis trois moment interminable en compte cinq c'est le problème mais Pom non plus Bif oh Bif avec Nès encore le bouquet

 

puis cinq enfin Bif complet tout ne va pas mal notion contestée par Pom notant les évènements encore dans sa voûte pas de précipitation Pom pense intempestives Nès à ce point ce serait prématuré

 

soudain qui l'eût cru pour le moment Pom retour en arrière sa mère que vient faire sa mère plus là son père si mais encore moins heureusement donc reprenons en-allée rapidement le malheur qu'elle pas lui

 

puis miracle Pom les miracles pourtant Nib qui s'y met pas désespérer y met du sien là-bas en bas enfin au bout n'oublions pas Pom allongé le gros orteil capital celui-là pour la marche et etc... on en est loin oui il esquisse un mouvement Pom là doucement

 

là doucement la stratégie pas déranger Nib en travail Nès voyant hélas de loin Nib se démenant avec tous pas oublier tous nécessaires Pom en soutien la difficulté ça c'est Pom de ne pas en faire trop ménager Gus

 

ah Gus comme si sans consistance le domestique souterrain pas l'oublier pompe a pompé en taupe articulée Pom sinon pas Pom ni Bif Nès Nib ajouter Ju deux poids trois mesures au moins cinq

 

pomper normal le pompiste pas de commentaire prématuré tout ce qu'ils éclusent pour qui voir qui déplie qui étire qui sent Pom là tout d'un coup tous comme quoi le travail clandestin Gus enfin bon prince pourquoi s'en passer

 

pourquoi Pom et Nès Nib tous tous ensemble enfin Pom enfin Pom pourquoi pas sa mère Gus limité là une greffe il aurait fallu là une greffe mais Pom ailleurs pris au dépourvu on parle pas des autres hélas le malheur qu'il lui là-bas pas elle

 

pas de digression revenir à ce qui Pom le sent pas d'optimisme excessif sent ce qui bouge oh un rapprochement Nib Nès Bif jusqu'à se toucher au niveau de Pom plus même un chevauchement des chairs autour de Gus oui

 

et qu'ainsi reliés directement les uns aux autres Pom réuni amorce délicatement quelque chose de tout frais avec l'aide de tous mention spéciale à Gus omniprésent amorce un mouvement autour d'un axe horizontal allant de Nib jusqu'à lui en passant par Bif en toute logique

 

comme eux tous d'abord toute cette diversité doucement l'euphorie Pom les mêmes comment y couper de ce pas en une nouvelle formule numéro un balayée aussi bien dire une nouvelle vie pour en finir avec ça

 

entre parenthèses digression encore de nouveau mouvement nous l'avons vu cette fois comme un seul homme Nib d'une part l'une hors du lit l'autre bientôt Pom espère d'autre part le téléphone à portée de Bif Pom va pouvoir s'expliquer

 

Bif événement prend le combiné dans lequel Gab s'apprête à s'essayer Pom soudain pense à cette heure qui appeler Gab le dit en même temps il marche lui aussi Pom pense on va pouvoir se parler et Ju entendra tout d'un coup le silence qui se fait

 

car fin de l'excitation Pom pourquoi pas se reposer Ju entend dire de Gab Nib l'une puis l'autre ça marche allongées Pom apprécie le moment et Bif les deux aussi un tel silence qu'entendre Gus tranquillement son rythme là Pom vite profiter du calme rien ne presse Nès non plus

 

du moment qu'après chacun son tour maintenant ensemble enfin peut-être Pom l'importance du combiné ou son fil ou quoi encore Pom tout à son premier réseau le premier ne l'oublions pas

 

qu'entreprendre avant toutes qu'on dit obligées ce sacré fatalisme toutes les choses si on y pense bien illusoires qu'entreprendre de pas rien mais rien que jouir de celle l'oubliée fatalement celle ah oui celle dont

 

on ne fait pas cas plutôt caca franchement on parle de Pom comment Bif Nib mais aussi Ju et Gus et puis Nès le Pom qu'ils ensemble suffit ça suffit pour le moment cette vie qu'il garde c'est mieux que rien à plus forte raison que pire que rien

 

donc Pom sans consulter personne de tous qu'ils sont décision unanime donc rien faire enfin le mal qu'il faut se donner pour enfin rien tout dépend de Nib quand l'une puis l'autre et Bif les deux Nès Ju Gab bien entendu pas sans Gus en dessous Gus reçoit ses ordres de Pom Pom n'y pense pas assez

 

puis finalement l'une puis l'autre et tous les sept comme un seul hors du lit mouvement synchrone ça marche sauf pour le combiné autres choses à faire s'occuper de son petit réseau d'abord tombent d'accord là-dessus

 

tout Pom d'accord enthousiaste pas oublier que ça marche tout Pom reprendre le cours de sans tomber sur l'histoire de content de lui là-bas son fil elle hélas tant de mal pour ça question

 

quoi quoi prématuré Pom à ce moment-là sans encore pouvoir sans doute pas au bout de toutes ses personnes le mot de la fin si y en avait

 

Vendredi 13 juin 2008



21 août 07 - 13 h 33

Là en ce moment je suis content parce que je suis à un point charnière de ma résidence d'artiste dans une ville balnéaire surpeuplée au bord de la Méditerranée. Ce qui se passe c'est que j'ai reçu une grosse grosse bourse pour faire du land-art expérimental sur la plage, et j'en ai profité pour mettre sur pied un projet dans lequel j'ai engagé toute une équipe de sociologues hyper pointus, hyper expérimentés. J'ai besoin de ces sociologues pour concrétiser cette idée de land-art que j'ai eu, qui est de relier directement le clavier d'une poétesse lettriste très très pointue et très expérimentale à la masse des corps des vacanciers de la plage de cette ville balnéaire surpeuplée.

 

13 h 41 

Et donc là en ce moment je suis en réunion avec toute l'équipe des sociologues, mais aussi avec toute une équipe de mathématiciens, et ce qu'on fait c'est qu'on met au point le système qui nous permettra de relier l'ensemble des lettres qui seront utilisées par la poétesse lettriste en question au corps des gens sur la plage. Alors ce que les mathématiciens proposent aux sociologues, c'est d'établir des catégories de gens à l'aide de questionnaires, et d'établir autant de catégories qu'il y a de lettres différentes à la disposition de la poétesse lettriste.

 

13 h 52 

Hop c'est chose faite, les sociologues établissent leurs questionnaires puis hop là il faut savoir que j'ai trouvé des sponsors, des marques de téléphonie mobile, qui m'ont fourni des beaux jeunes et des belles jeunes, bien propres, avec un sourire impeccable et bien lisse, et ce sont ces jeunes (qui sont en fait étudiants en communication) qui s'en vont maintenant distribuer les formulaires aux gens sur la plage en leur expliquant qu'il s'agit d'une grande enquête personnalisée à propos d'un nouveau produit qui risque bien de révolutionner l'histoire de la consommation, et dont ils ne tarderont pas à avoir des nouvelles, par avion, dans la demie-heure qui va suivre.

 

14 h 15 

Et là, hop, ce qui se passe c'est qu'avec la bourse qui m'a été octroyée j'ai loué un petit avion publicitaire, et l'équipe technique du film que je compte réaliser à partir de cette expérience de land-art lettriste expérimental termine de confectionner une grande banderole publicitaire à attacher derrière l'avion en question, sur laquelle est marqué, en grand : « EN AVANT POUR LE FUCKIN LETTRISME DE MASSE ! ».

 

14 h 37 

Là maintenant, juste là maintenant où j'écris ceci, j'ai toute l'équipe d'édition expérimentale qui vient de m'annoncer qu'ils viennent de terminer d'imprimer à six milliards d'exemplaires un poème lettriste que j'avais, grâce à cette bourse qui m'a été octroyée, commandé à la poétesse lettriste en question.

  

14 h 38 

Je demande qu'on charge tout ça dans l'avion, l'avion décolle avec derrière lui la banderole publicitaire direction la plage, et là en ce moment j'écris depuis un petit bureau de travail que je me suis fait installer sur un coin de la plage encore libre.

 

14 h 40 

L'avion passe et repasse plusieurs fois au dessus de la plage, très très bas, et je dois dire que les gens autour de moi comprennent pas trop la blague mais quand même ils ont l'air contents d'être filmés par l'équipe du film, peut-être qu'ils croient qu'ils vont passer à la télé ce soir.

 
14 h 45 

Aïe là j'ai un pépin en ce moment, parce que je viens de recevoir un coup de fil des deux fanfarons que j'avais envoyé chercher les cinq tonneaux de goudron nécessaires à la réalisation de mon œuvre de land-art constructiviste expérimental, ils viennent de m'annoncer qu'ils sont ivres morts  dans un bar, et qu'ils ont bu tout l'argent que je leur avais confié pour acheter les tonneaux en question.

 

14 h 46 

Là j'envoie un message au pilote d'avion en lui demandant de tourner un peu plus longtemps que prévu et de retarder un peu le largage des six milliards d'exemplaires du poème lettriste en question, et hop j'écris ceci en fonçant avec ma voiture de course chercher les tonneaux, hop ça y est là je paie j'enfourne le tout et je reviens sur la plage juste à temps pour voir la pluie de lettrisme déferler sur la masse des gens, qui manifestement ont toujours l'air contents d'être filmés par l'équipe.

 

15 h 20 

Bon là tout roule comme il faut, les tonneaux sont disposés à distance égale sur la plage par l'équipe technique, avec sur le couvercle des gros pinceaux, puis toujours sous la pluie de lettrisme j'écris ceci en me rendant au point de rendez-vous fixé avec l'équipe technique numéro 2, hop ils arrivent et on enfile tous nos combinaisons hermétiques, on met nos masques à gaz, et là je continue en dictant ceci par radio à la secrétaire de l'équipe, qui retranscrit immédiatement le tout sur son ordinateur.

 

15 h 49 

Hop les scientifiques que j'ai, à l'aide de la bourse, engagés pour élaborer une mixture gazeuse spécialement conçue pour endormir un max de monde à la fois pendant une bonne heure arrivent avec la mixture en question dans des pulvérisateurs, on se les fixe sur nos dos et on se rend illico presto sur la plage en question.

 

15 h 57

Là au moment où j'écris ceci par l'intermédiaire de ma secrétaire, on asperge tout le monde avec la mixture et je dois dire que ça marche vraiment bien, les gens tombent vraiment vite et bien endormis.

 

16 h 08 

Là maintenant grâce à l'enquête menée au préalable par les sociologues de l'équipe on repère les catégories de gens, et sur chaque catégorie on peint en énorme leur lettre correspondante sur le corps, grâce au pinceau et au goudron.

 

16 h 15 

Et maintenant : action ! Action puisque c'est maintenant, en ce moment précis, que le texte lettriste qui avait été au préalable distribué à six milliards d'exemplaires est mis en application, dans le sens où, avec toute l'équipe, on déplace maintenant les corps endormis de façon à écrire, en fonction des lettres inscrites au goudron sur leurs corps, le texte sur cette gigantesque page blanche qu'est cette plage sur laquelle il m'a été donné de faire du land-art expérimental.

 

16 h 37 

Alors voilà, ça y est, c'est chose faite, le texte est mis en place, et hop là l'avion publicitaire passe en rase-motte au dessus du tout pour filmer cet enchevêtrement de corps maintenant étrangers, hétérogènes les uns aux autres, et la scène entière, donc l'avion qui vole au dessus des corps et les corps enchevêtrés en question, est filmée également par l'équipe du film.

 

16 h 45 

Hop là ce qu'on fait c'est qu'on dispose maintenant plein de caméras devant les amoncellements de corps endormis, et là, là maintenant c'est vraiment très beau, très beau mais en même temps expérimental puisqu'on ne sait pas du tout du tout ce qui va se passer dans le film en question, c'est très beau et très expérimental puisque les gens commencent petit à petit à se réveiller, et franchement je trouve ça  magique, c'est magique que de voir tous ces gens qui ne se connaissent pas sortir lentement de leur léthargie, entassés, avec chacun une lettre inscrite en grand au goudron sur leur corps.

 

16 h 57 

Bon là je vais devoir arrêter l'expérience d'écriture en direct, parce que la secrétaire par le biais de laquelle ça se passe termine sa journée à cinq heures et là il est cinq heures moins trois, et en fait il lui faut toujours un petit moment pour préparer ses affaires et passer à la toilette avant de rentrer à la maison, et il faut savoir que dans son contrat de travail j'ai été d'accord pour compter ce temps-là dans son temps de travail.






Jeudi 5 juin 2008

 


AZ : Je me souviens plus. Je vais réfléchir.

DC : On a du temps.

AZ : Enfin bref.

DC : Tu es le seul à employer.

AZ : Non, mais les autres, ils disent un tout petit peu.

DC : Et toi tu le dis beaucoup ?

AZ : Plein de fois.

DC : Et ça veut dire quoi ?

AZ : Je sais pas, je l'utilise plein de fois.

DC : Quand est-ce que tu l'as utilisé la dernière fois ?

AZ : C'était ma sœur avant qui le disait. Après c'était moi. Mais je ne savais pas ça veut dire quoi.

DC : En fait, tu l'as dit alors que tu ne savais pas encore ce que ça voulait dire ?

AZ : Mais papa il savait et je le disais tout le temps quand il le fallait et ça a fait qu'il fallait dire ça.

DC : Et donc, tu l'as dit à ton tour.

AZ : Oui.

DC : Et ça fait quoi quand on dit ça ?

AZ : ça fait pour que les autres ils savent que c'est pas toujours eux qui disent, je crois que c'est pour ça.

DC : ça fait que eux, ils savent pas qu'ils disent...

AZ : Ils le disent tout le temps. Enfin bref, ils le disent pas tout le temps.

DC : Et toi tu le dis tout le temps ?

AZ : Ouais.

DC : Et comment ça se fait ça à ton avis ?

AZ : Je l'ai dit trop.

DC : Ah, tu le dis trop ! Pourquoi ?

AZ : Parce que c'est toujours le bon moment de le dire. C'est toujours maintenant qu'il faut le dire. Donc, moi, je le dis.

DC : Et il t'est déjà arrivé de le dire alors qu'il ne fallait pas ?

AZ : Non.

DC : Ça tombe toujours bien quand on le dit ?

AZ : Quand je le dis, ça tombe toujours bien.

DC : Et qu'est-ce que les autres disent après ?

AZ : Après, ils disent ça veut dire quoi comme moi je sais pas ça veut dire quoi.

DC : Donc, tu sais pas ce que ça veut dire.

AZ : Non, je sais pas.

DC : Et à ton avis, ça veut dire quoi ?

AZ : ça veut dire...

DC : Qu'est-ce que ça pourrait dire ?

AZ : Ça pourrait dire qu'on pouvait pas faire ça. Par exemple, hier, j'étais à l'école et il fallait que je fais de la peinture par exemple et puis je l'ai pas fait donc je dis enfin bref à la maîtresse pour lui dire j'ai pas fait ça et puis après on fait un autre jour.

DC : Donc, c'est un mot qui permet de ne pas faire les choses.

AZ : Enfin bref, c'est un mot qui permet pas de faire quelque chose. C'est comme enfin.

DC : Enfin, ça permet de pas faire ou ça permet pas de faire ?

AZ : Permet pas. Enfin après bref, ça fait je permets enfin ça fait je permets et bref ça fait pas donc ensemble ça fait enfin bref je permets pas.

DC : Enfin bref, c'est comme si tu commences à dire quelque chose et que tu arrêtes de le dire. À la place de continuer, tu dis enfin bref. C'est pour arrêter de continuer à parler.

AZ : Pourquoi Rama, quand elle dit enfin bref, elle continue toujours ?

DC : Mais elle continue sur un autre sujet, non ?

AZ : Non, elle continue. Après enfin bref elle continue ce qu'elle était en train de dire.

DC : Mais alors pourquoi elle le dit à ton avis ?

AZ : Ba elle le dit parce que elle veut pas arrêter. Elle croit que c'est pour ne pas arrêter. Je crois que c'est pour ça.

DC : Et quand elle le dit, elle, c'est pour recommencer. Elle continue ce qu'elle a commencé ou elle recommence ?

AZ : Elle continue ce qu'elle a commencé.

DC : Et est-ce que après qu'elle ait dit enfin bref, ce qu'elle dit, c'est plus résumé ?

AZ : Non, c'est pas plus résumé.

DC : Parce que, elle, elle m'a dit que ça voulait dire en résumé. Donc elle croit que ça veut dire en résumé.

AZ : Elle a dit la même chose ?

DC : Oui.

AZ : C'est comme si elle disait tout ce que je disais.

 

 

David Christoffel a récemment publié Tractions wah-wah aux éditions Voix. Plus d'infos ici.




EDITO


1) Les cahiers de Benjy sont un journal collectif à l'allure abstraite détourné en anthologie progressive, où tous les mois du calendrier peuvent dire qu'il y a une  vie contemporaine des formes.

2) Plus ou moins cinq fois par mois, Les cahiers de Benjy accueillent un auteur / un texte, dans la rubrique Les cahiers. Benjy l'idiot, au sens chronologique bizarre, enregistre l'écriture de comportements singuliers, les petits drames insulaires grammatiques. 

3) Benjy a un frère, Bartleby. Il scribe de temps en temps dans la rubrique des Citations composées. Les citations sont des petits magasins pour le travail, comme les liens dans les biobliographies.

Benjamin Compson

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David Antin
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