Le scribe, citations

Vendredi 4 mai 2007




/selon la nature du couper et de l’être coupé et avec l’instrument naturellement adapté, n’aurons-nous pas une coupure réussie et une action correcte/

Platon, Cratyle


56. Vanité de poète

Ne vous inquiétez que de la colle ;
Je trouverai bien le bois à coller.
Enfermer un sens entre quatre ruines insensées,
Ce n’est pas petite fierté !

Nietzsche, Le Gai Savoir


/n’aurons-nous pas une coupure réussie et une action correcte, tandis qu’en allant contre la nature/

Platon, Cratyle


/et, sans souci de l’eau ni de la boue, triant  les poussins vivants d’entre les morts, elle les mit dans un pan de son manteau/

Alain-Fournier, Le grand Meaulnes




Scribe : Rachel Defay-Liautard

Mardi 31 octobre 2006


 
« Les principaux défauts des revues critiques existantes sont : le manque d’impartialité et le mordant inconsidéré de la critique ; une grande inégalité dans le critère du jugement, parce que les collaborateurs ont des talents et des cultures très variés ; une grande capacité à s’appesantir sur le médiocre et le mauvais, et à passer rapidement sur, voire à oublier complètement, l’important et l’excellent ; l’inégalité du jugement dans le temps, en ce que certaines œuvres sont signalées dès leur parution, et d’autres seulement des années après, alors que le rapport de l’œuvre à la production plus récente a changé ; le hasard de la mise en forme, ou plutôt, la fragmentation voulue et l’esquive d’un ordre qui permettrait la moindre vue d’ensemble ; enfin l’uniformité, la sécheresse et l’absence d’esprit dans la forme ou l’absence de forme de l’exposé. »  
 
Friedrich Schlegel, Projet pour un institut critique, 1880




« … pourquoi pas une critique imbue de sa métaphoricité ou de ses idiotismes, & qui mettrait en lumière les limites du positivisme critique. Une critique qui, sans masquer l’inadéquation de nos schémas explicatifs, n’en regretterait pas l’absence qui entrerait dans la danse. (…) semer sans récolter, telle serait la critique désirante. »
 
Charles Bernstein


 
 
 
Scribe : Samuel Rochery
Samedi 2 septembre 2006



                Sermon funèbre pour une mouche
 
 
Qui connaît la plus belle mort, le soldat qui tombe pour sa patrie ou la mouche dans mon verre de whiskey ?  L’heureuse agonie de la mouche est sa récompense pour un plongeon audacieux et purement égoïste. Rassasiée et paniquée, elle touche le fond, comprend qu’elle est allée aussi loin qu’il lui était possible d’aller, et reste courageusement engluée. Quant à moi, je dors. Le matin, je verse une nouvelle rasade de bonheur sur le dépôt de la veille, et ce n’est qu’en portant le verre à mes lèvres que je distingue à travers les cinq centimètres de liquide richement ambré mon héroïne aplatie. Je bois en évitant son cadavre, n’ayant aucune prédisposition à la pêche, et la laisse à ses étranges bas-fonds. Une fois le verre reposé, je tue le temps sous le ventilateur, tandis que derrière les barreaux de ma fenêtre un tiède crachin passe en silence des nuages aux feuilles des arbres.
           Comment mourir ?  Comment vivre ?  A ces deux questions, si nous interrogeons la défunte mouche, même réponse : en état d’ivresse. Mais de QUOI devrions-nous tous être ivres ?  D’amour, bien sûr, et de mort – c’est la même chose - de whiskey, ce qui est encore mieux, et d’héroïne, le nec plus ultra – à l’exception peut-être de la sainteté. Levons nos seringues, nos bibles, nos godemichés et nos verres d’alcool, jetons nos préservatifs dans le feu, déboutonnons nos pantalons et commettons gaiement
 
 CETTE MULTITUDE DE CRIMES.
 
 
Soyons sérieux et reconnaissons que c’est la multitude des lois qui est la cause de cette multitude de crimes.
                                                                         
                                                            SADE, 1797.
 
 
 
 
 William T. Vollmann -- La famille royale  
 
 
Scribe : Thierry Brunet
  
Mardi 17 janvier 2006


Cet écrit ne serait pas un livre ; car il n'y a pas de livre, si ce n'est comme idéal du corps organique immobilisé. Ce ne seraient ici que morceaux divers, chaque morceau étant de format variable et relevant de son temps propre, commencé et fini avec lui, - qui iraient ou n'iraient pas prendre place ici et là, ou plutôt : subir l'incandescence ici et là de la giration de la barre. Que tel corps client s'y trouve aussi, c'est bien. Qu'il ne s'y trouve pas, c'est bien. Pas un livre, seulement des fasicules de libido (ce qui donnerait l'occasion aux chiens de toute garde de traiter l' "auteur" de fasciste, quand il est fasciné.)

Lyotard, économie libidinale.
 

 
Tu ne trace rien ce que tu vie seulement te trace dans la mesure où ce que tu vie est inconnu de tous, même de toi.
Francis Palanc.
 
Matthew a huit ans et, au jardin d'enfants, il fait partie d'un groupe de huit. Matthew était en train de pétrir un morceau de pâte bien ferme. Il s'écria, en entourant la pâte de ses doigts et en la serrant contre sa poitrine : " C'est moi ! C'est moi ! " Matthew s'attarda longuement à ce jeu. Il plaça la pâte entre son derrière et la chaise et s'assit dessus ; la pâte, aplatie, prit la forme d'une grande crêpe. Posant alors la " crêpe " sur la table, il essaya de l'écraser avec le genou. Puis il appuya son ventre contre la table et, levant les pieds, il écrasa la pâte. Il ne dit pas un mot au cours de ses activités. Avant de s'éloigner de la table, il fit passer la pâte dans le hachoir fixé à son bord en murmurant, ravi : " C'est mou ! C'est mou ! "
observation 5 ( notée par Mademoiselle Manolson ) in France Tustin, Autisme et psychose de l'enfant
 
 
  
Scribe : Arno Calleja
Samedi 3 décembre 2005



« Nous aurons beau essorer un concept, nous n’en feront suinter aucune forme s’il n’est déjà forme lui-même. »

Ossip E. Mandelstam


« Le miracle du langage n’est pas de signifier un être mais d’être un être. Et comme ce qui est crée dans la forme verbale n’existe pas hors de cette forme, le langage ne peut signifier que lui-même. La valeur d’un mot ne repose pas sur ce qu’on donne pour son contenu, sur les processus sensoriels à partir desquels il se développe, et qui s’associent à lui avec plus ou moins d’ardeur.  Elle tient au fait que la conscience de la réalité, constituée d’abord de ces vagues processus sensoriels, s’enrichit dans le mot d’un nouvel élément, une nouvelle matière, qui permet pour la première fois, et d’une manière inattendue, une construction définie et cohérente de la réalité. »

Konrad Fiedler


« Dichten = condensare. »

Ezra Pound 

Scribe : Samuel Rochery 
Jeudi 10 novembre 2005


 

« Est-ce que tu t'es déjà demandé... Papa, c'est un paysage ou une usine? C'est un paysage ou une usine? Et Maman... Maman, c'est un paysage, ou une usine? »
 
Jean-Luc Godard, Numéro 2.
 
« Ma ligne, je peux tout lui demander. »
 
France-Télécom
 
«Cadences, real cadences, real cadences and a quiet color.»
 
G. Stein, Tender Buttons.
 
« On rencontre très couramment, en chinois classique, l'expression zhong-shi, qui signifie "fin-début". Et tout aussi couramment les traducteurs remettent sur ses pieds la formule chinoise, en la traduisant par "début et fin". Bien sûr, c'est l"alpha et l'oméga qu'ils ont en tête, et l'impossibilité d'inverser notre formule. Or (...) cet écart est riche de sens (...) : [il] nous fait appréhender le déroulement des choses sous l'angle, non plus de la distension, mais de la transition ; et l'on comprend, à partir d'elle, que la pensée chinoise ne soit préoccupée ni d'un début premier ni d'une fin dernière, se soit passée de Création comme d'Apocalypse. »
 
François Julien, Penser d'un dehors (la Chine).
 
«Une transition n'est pas la rencontre arrangée de deux morceaux qui se suivent, elle est cette zone intersticielle qui abolit les différences afin d'engager de l'un à l'autre un passage continu. »
 
Bastien Gallet, Le Boucher du prince Wen-Houei, Enquêtes sur les musiques électroniques.
 
 
« Beware of what you wish for in youth because you will get it in middle life. »
 
Vieux dicton rapporté par Stephen Daedalus, Ulysses, James Joyce.

 
 
 
Scribe : Guillaume Fayard
Mercredi 31 août 2005


"Le monde est l'ensemble des symptômes dont la maladie se confond avec l'homme. La littérature apparaît alors comme une entreprise de santé : non pas que l'écrivain ait forcément une grande santé (il y aurait ici la même ambiguïté que dans l'athlétisme), mais il jouit d'une irrésistible petite santé qui vient de ce qu'il a vu et entendu des choses trop grandes pour lui, trop fortes pour lui, irrespirables, dont le passage l'épuise, en lui donnant pourtant des devenirs qu'une grosse santé dominante rendrait impossibles."

Gillles Deleuze


"On ne se connaît bien que le matin parce que c'est seulement le matin qu'on se regarde bien. On ne s'instruit bien que parce qu'on se construit bien et parce qu'on se connaît bien.
Ethymologiquement, s'instruire c'est se construire. Il y faut des pierres précieuses et ces pierres sont rares. Elles se font d'autant plus rares que le regard est plus aigu.
(...)
Le proverbe est de l'attention concentrée et rythmée pour une plus rapide et plus facile mémorisation." 

Marcel Jousse    

 
Scribe : Samuel Rochery

EDITO


1) Les cahiers de Benjy sont un journal collectif à l'allure abstraite détourné en anthologie progressive, où tous les mois du calendrier peuvent dire qu'il y a une  vie contemporaine des formes.

2) Plus ou moins cinq fois par mois, Les cahiers de Benjy accueillent un auteur / un texte, dans la rubrique Les cahiers. Benjy l'idiot, au sens chronologique bizarre, enregistre l'écriture de comportements singuliers, les petits drames insulaires grammatiques. 

3) Benjy a un frère, Bartleby. Il scribe de temps en temps dans la rubrique des Citations composées. Les citations sont des petits magasins pour le travail, comme les liens dans les biobliographies.

Benjamin Compson

AUTEURS


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Joël Baqué
Jérôme Bonnetto
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Antoine Brea
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Claude Favre
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Bruno Fern
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